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Comme deux frères

de Maryse Condé

Synopsis

Une cellule. Deux hommes, amis de longue date, presque comme deux frères. Deux hommes en suspension... Le temps s'arrête pour mieux cerner derrière les apparences, les non-dits, les mensonges, les rêves avortés, les espoirs "mal papay", les peurs et les contradictions.

Jeff et Grégoire, dans une spirale où tour à tour, l'un entraîne l'autre, vit au dépend de l'autre, chacun étant le miroir de l'autre.
Mais que percevons-nous ? Le miroir ou son reflet ?

distribution

Texte de Maryse Condé
Adaptation dramaturgique José Pliya

Mise en scène José Exélis

Assistant à la mise en scène Astrid Lawson
Musique Jocelyn Pook
Scénographie et Lumières Dominique Guesdon, Valéry Pétris

Avec Gilbert Laumord et Ruddy Sylaire

Une création de la compagnie Siyaj en résidence de création au CMAC et à l'Artchipel.
Coproduction Cie Les enfants de la mer, L'Artchipel, scène nationale de Guadeloupe et CMAC, scène nationale de Martinique.
Avec le soutien de la DRAC Guadeloupe et du Conseil Régional de Guadeloupe

mot du metteur en scène

C'est d'un huis clos tragique qu'il s'agit avec une densité du texte, du verbe et de l'émotion. Une mise en abîme, en va et vient avec le passé des protagonistes, dans un décor symbolique et dépouillé ou les non-dits ont toute leur importance.

Note d'intention

Comme deux frères, huis clos tragique. Densité du texte, du verbe et de l'émotion. Unité de lieu, de temps et d'action. Une mise en abîme, en va et vient avec le passé des protagonistes.
Pourquoi sont-ils là ? Qu'ont-ils fait ? Quelles sont leurs perspectives ?
La mise en scène dans un décor symbolique et dépouillé s'attachera à traquer le texte, les intentions et les non-dits volontaires de l'auteure Maryse Condé.
Aller ainsi au cœur des personnages, dans leurs motivations secrètes, inconscientes et calculées.
Un parti pris de restituer une atmosphère brute, de romantisme tragique, pour aller au cœur du propos : l'absence avec tous ses drames larvés et péléens.
L'espace traité comme un étau qui se resserre, au fur et à mesure du déroulement de l'action.
La musique, l'image, le mouvement pour dynamiter le verbe et actionner ce texte elliptique, à multiple facette.
J.E

Pour Maryse Condé, l'auteure

"ce qui est important dans cette pièce, c'est le mélange de dérision, de rêve, d'humour. Un mélange d'amour et de haine, d'envie et de jalousie..."

Note de José Pliya, adaptation dramaturgique

Ce texte de Maryse Condé nous raconte l'histoire de deux amis d'enfance,Grégoire et Jeff, la trentaine, qui après un nouveau mauvais coup qui a mal tourné - un homme est mort d'une balle tirée par Grégoire - se retrouvent en prison, à la veille de leur procès. Ce qui se joue dans ce huis clos c'est la mise à l'épreuve des liens d'enfance et d'amitiés : Jeff qui a toujours endossé les fautes et les erreurs de Grégoire, acceptera t-il de prendre sur lui, cette fois-ci, le crime de son ami, de son frère ? Plus encore que le crime, ce que Grégoire demande à Jeff c'est de le décharger de la culpabilité qui accompagne son geste fatal. Ce « transfert » est-il possible ? Si oui, à quel prix ?
Par le biais de ces deux jeunes paumés, l'auteur à pour ambition de dresser un réquisitoire de la société guadeloupéenne, de ses absurdités politiques, judiciaires, éducatives et familiales. Jeff et Grégoire sont les rebuts d'un système qui a échoué et qui ne laisse rien à sa jeunesse : ni espoir, ni illusion, ni rêve. Rien que la culpabilité et les désirs obscurs à négocier.

Pour tout complément d'information, merci de contacter Elvia Gutiérrez au 06 90 50 39 42 ou par mail siyaj@wanadoo.fr.

Tournée

2007

  • . 26 janv. 09h et 14h00 (scolaire) Artchipel, scène nationale
  • . 27 janv.20h Artchipel, scène nationale : 05 90 99 97 22
  • . 28 fév., 1er et 3 mars 20h Cmac, scène nationale : 05 96 70 79 29
  • . 1er et 2 mars 14h (scolaire) Cmac, scène nationale

L'auteure, Maryse Condé

Maryse Condé est née le 11 février 1937 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) où sa scolarité secondaire s'est déroulée avant qu'elle ne vienne à Paris étudier les Lettres Classiques à la Sorbonne. En 1960, elle se marie au comédien Mamadou Condé et part pour la Guinée où elle affronte les problèmes inhérents aux États nouvellement indépendants. Après son divorce, elle continue de séjourner en Afrique (au Ghana et au Sénégal notamment) avec ses quatre enfants. De retour en France en 1973, elle se remarie à Richard Philcox, enseigne dans diverses universités et entame sa carrière de romancière. Après la publication de Ségou, son quatrième roman, elle rentre en Guadeloupe. Cependant, elle quitte bientôt son île natale pour s'établir aux USA où elle enseigne aujourd'hui à Columbia University. Ses oeuvres principales sont Heremakhonon (1976), Ségou (2 volumes, 1984-85), Desirada (1997), Célanire cou-coupé (2000).

Pour en savoir plus :www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile

José Pliya

L'adaptateur, José Pliya, est né en 1966 à Cotonou au Bénin. Directeur de la Scène nationale de Guadeloupe, il est auteur d'une quinzaine de pièces de théâtre, publiées, traduites et jouées sur les 5 continents.

Pour en savoir plus : www.josepliya.com

Gilbert Laumord

Gilbert Laumord est formé à l'Ecole Nationale d'Art Dramatique du Danemark « Statens Teater Skole i Kobenhaun ».
Il a suivi des stages avec J. Guillemet, J.C. Penchenat, Serguei Zemtsov et Igor Zolotovisky, Hervé Denis, Philippe Adrien... et suivi une formation en danse et musique traditionnelle à l'Akadémiduka.
Au théâtre, il a joué sous la direction de divers metteurs en scène et chorégraphes tels que Sonia Emmanuelle (An tan révolisyon de M. Condé) J. Jérémie (Black Label de G. Damas et Veillé Noire), J.C. Bardu (Suite pour K???...de J.C. Bardu), An siyaj a lavi de G. Laumord mis en scène par lui-même. A.Timar (Lettres Indiennes de G. Dambury et Inventaire d'une mélancolie de P. Chamoiseau), Sito Cavé (Chemin de Galta), A. Lerus (Deux vieux paniqués), G. Germain (Le balcon de J. Genêt ), A. Vespan (Zoo story de E. Albee), J.L. Hourdin (A l'aventure de E. Peiller), G. Dambury (Carêmes).....
Au cinéma et à la télévision, il a joué avec Christian Grandman (Tèt grénné), A. Abela (Makibefo), C. Mauduech (La nouvelle vie), C. Chabrol (Rien ne va plus), Pierre Unia (Coeur de couleur), Jean Labib (Noirs et blancs) Raoul Sangla (Tisot et Pansa), Kasper Rostrup (Le Misanthrope)...
En Avril 2002, il fonde sa compagnie de Théâtre SIYAJ. « Avec le temps...Con el tiempo... » est la première création de la compagnie. Il a joué ensuite dans « El Venerable », texte et mise en scène d' Eugenio Hernandez Espinosa, « Circuit fermé », texte et mise en scène de Yoshvani Medina et en 2005, interprète et révèle les principaux protagonistes de « Iago », d'après Othello de Shakespeare, adaptation et mise en scène de José Exélis.
En 2007, il produit « Comme deux frères » de Maryse Condé, adaptation dramaturgique de José Pliya et mise en scène de José Exélis, pièce dans laquelle il jouera au côté de Ruddy Sylaire.

Ruddy Sylaire

De nationalité haïtienne, Ruddy Sylaire est né en 1965 à Port-au-Prince et demeure en Haïti jusqu'en 1994.
Il est membre de la Cie Hervé Y. Denis d'Haïti de 1989 à 1994 et joue sous la direction de Hervé Denis « La tragédie du Roi Christophe », « Général Baron-Lacroix ou le silence masqué », « Et les chiens se taisaient », « Nuits voraces » et joue dans « On m'a volé mon corps » de et mise en scène de Syto Cavé, une production de la Cie H. Denis.
Il s'installe en 1994 en Martinique et joue sous la direction de nombreux metteurs en scènes : Michèle Césaire, Lucette Salibur, I. Zolotovsky, S. Ziemtsov, Elie Pennont, J. Alpha, Françoise Kourilsky, Roger Robinel mais également dans des créations qu'il mettra lui-même en scène et ce dans un répertoire théâtrale riche et varié entre Aimé Césaire, N. V. Gogol, Sophocle, Jean Genet, Marie Chauvet, Khalil Gibran, Sony Labou Tansi, Raphaël Confiant, José Pliya, S. Beckett.
Entre 2004 et 2007, il participera aux créations suivantes « Fenêtres secrètes » (danse-theatre), chorégraphie / mise en scène de Yun Chane, Sébastien Lefrançois, « Ton beau capitaine » de Simone Schwartzbart, mise en scène de Noël Jovignot, Nous étions assis sur le rivage du monde » de José Pliya, mise en scène de Denis Marleau et dernièrement « Comme deux frères » de Maryse Condé, adaptation dramaturgique de José Pliya, mise en scène de José Exélis.
Ruddy Sylaire a également mis en scène " Comme un malentendu de salut" d'Aimé Césaire (93), "Je soussigné cardiaque" de Sony Labou Tansi (97), "Eden cinéma" de Marguerite Duras (98-1999), "Nègrerrances" de José Pliya (2000), "je raccroche et je meurs " de Maddy Gabay (2001), "le Prophète"d'après Khalil Gibran (2002), "Ayiti Kiskeya boyo chiré", montage poétique d'après "cent ans de poésie Haitienne".

La presse en parle ...

Le théâtre comme résistance - Entretien avec José Exélis - 2 mars 07 Madinin'Art

Roland Sabra : Vous montez aujourd'hui « Comme deux frères de Maryse Condé, qu'est-ce qui guide vos choix dans l'ensemble de ce que vous avez fait ces dernières années?
José Exélis : Des coups de cœur ! Il n'y a pas de carrière prédéterminée sur un choix de textes précis. Je disais à l'instant aux comédiens qui faisaient valoir que j'exigeais d'eux aujourd'hui des choses que je n'exigeais pas il y a quelque temps, que j'avais changé entre temps, que tous nous changions, que nous ne sommes plus aujourd'hui ce que nous étions il y a ne serait-ce qu'un mois. J'ai des coups de cœur sur des textes, des univers, des atmosphères à un moment précis et c'est le cœur qui me guide mais la raison n'est pas loin pour autant car je réalise qu'en dehors des essais que je fais, du roman à la scène ou du poème à la scène, dont on pourra discuter, il y a un théâtre de résistance qui m'interpelle. Quand je dis « résistance » il ne s'agit pas d'une résistance lapidaire ou identitaire mais d'une résistance dans laquelle l'humain ne veut ne pas être confisqué veut se dire et dire à la face du monde qui il est. Le théâtre me paraît être un creuset pour exprimer cette résistance de l'humain à ce qui veut l'écraser. Cette résistance est le fil conducteur de l'ensemble des textes que j'ai choisis de monter.
Roland Sabra : C'est un théâtre qui s'inscrit dans le monde caribéen...
José Exélis : Oui et non. Oui, depuis que j'ai une compagnie subventionnée! Avant cela j'ai monté des textes d'auteurs, mais c'était à l'époque où je n'étais pas très bon! (Rires)
Roland Sabra : Une autre caractéristique de vos choix est qu'ils portent sur des textes courts avec des pièces qui durent cinquante minutes, une heure rarement plus longtemps?
José Exélis : Je veux dire deux choses. A un moment, au début, j'ai monté des pièces fleuves, très longues au cours desquelles la moitié du public s'endormait au bout d'une heure! (Rires) Sans doute parce que je manquais de métier. Il n'y a pas un choix délibéré de monter des pièces courtes mais il se trouve que j'ai voulu mettre en scène des pièces qui se sont trouvées être des pièces courtes.
Roland Sabra : Vous semblez aussi avoir une préférence pour des textes qui n'ont pas été conçus, à l'origine pour être joués ce qui nécessite une adaptation et complique votre tâche.
José Exélis : Je partage ce point de vue dans la mesure où je me rend compte, et je le disais il y a peu à des amis de théâtre j'ai fait ces derniers temps le travail du roman à la scène, du poème à la scène, de l'essai à la scène comme un travail de laboratoire. Comme dans tout travail de ce genre on se confronte à la complexité. Déjà qu'un texte de théâtre n'est pas facile à mettre en scène mais dans une adaptation il faut inventer en plus une dramaturgie, ce qui n'est pas une mince affaire. Mais je crois que ma démarche était motivée par un univers propre que j'avais, que j'apportais et qu'il m'était plus facile de le dire à partir de textes qui n'étaient pas des textes de théâtre. En revenant au bout de quatre ans à un texte d'auteur « Comme deux frères », la véritable difficulté réside dans le respect, respect à la lettre, que l'on doit au texte écrit. On peut s'en détourner certes, mais quand un texte est écrit il y a obligation de respecter la dramaturgie, de raconter une histoire. Il faut faire entendre le texte, et quand je dis entendre ce n'est pas seulement l'entendre de la bouche des comédiens c'est aussi entendre ce que le metteur en scène à retenu dans sa propre lecture et qui doit transparaître dans ses choix, ses partis pris. Je suis heureux de revenir à ce type de travail qui me semble la base du travail théâtral. Il y a dans mon travail ce je j'appelle des métaphores corporelles qui sont parties prenantes de mon histoire personnelle, de mon vécu de mon histoire caribéenne, dans laquelle le corps se dit. Si le corps doit prendre le relais quand le verbe n'en peut plus, il se s'agit pas pour autant d'en faire une marque de fabrique, mais quand le corps est en scène il doit être poétique et dramaturgique.
Alors je reviens aux textes d'auteurs même si je ne m'interdis pas des incursions, voire des incursions têtues dans l'adaptation de roman. Avec Michel Richard on va faire entendre en 2007 « Le Vieux qui lisait des romans d'amour » de Luis Sepúlveda. Le texte ne sera pas incarné mais dit parce qu'il me semble que c'est la meilleure façon de faire entendre ce texte.
Roland Sabra : Vous montez donc « Comme deux frères » de Maryse Condé qu'est qui vous a séduit dans ce texte?
José Exélis : C'est une longue histoire et comme je ne pratique pas la langue de bois, autant le dire : ça n'a pas été facile. Quand j'ai lu pour la première fois le texte de Maryse Condé j'y ai trouvé tout de suite des qualités indéniables, une grande richesse, des personnages forts, un réquisitoire d'une grande justesse parce que Maryse Condé n'est pas complaisante. Cela étant et l'auteure le reconnaît il y avait un peu « trop » de littérature. Le texte semblait trop écrit, trop fécond presque il fallait donc le réduire et retravailler sur le squelette. Il y a eu discussion bien sûr pour définir les périmètres d'intervention de l'auteur, du metteur en scène et de l'adaptateur puisque c'est là qu'est arrivé José Pliya qui a réussi un tour de force extraordinaire : tout en respectant le travail de Maryse Condé il a désossé le texte en allant à l'essentiel. L'écriture théâtrale de José Pliya est une écriture du non-dit, une écriture elliptique, dans laquelle on doit deviner, on doit décoder, on doit supputer les choses et ça, ça m'intéresse! Trop souvent le défaut des metteurs en scène caribéen est de vouloir trop dire, de surcharger le propos, je le dis sans complaisance, y compris moi. Il faut revenir à une sobriété qui laisse une porte ouverte au rêve, qui permette au spectateur de rêver faute de quoi on tue dans l'œuf l'essence même du théâtre. Entrer dans la logique du travail de José Pliya était pour moi, habitué à un théâtre d'évidence, une gageure. (Rires).
Maryse Condé, qui est d'une très grande exigence, qui déclare ne jamais s'être reconnue dans une adaptation de ses pièces, ou n'avoir jamais aimé la mise en scène de ses œuvres par défaut d' « authenticité » dit-elle et bien Maryse Condé nous a fait ce commentaire qui vaut son poids : « Là, il se passe quelque chose! » Je prend ce compliment avec humilité d'autant plus que je tiens à dire que dans le traitement de « Comme deux frères », même s'il y a toujours cet univers de métaphores corporelles, de bascules intérieures et rythmiques, je me suis efforcé, d'être sur le texte. C'est-à-dire qu'est-ce que le texte me renvoie? quel est le sens? Y-a-t-il un sous-texte et si oui quel est-il ? Un peu comme ce que nous avait montré Alain Timar l'an dernier avec « Fin de partie » et que j'avais beaucoup aimé. J'ai donc voulu être totalement au service du texte et il me semble qu'on l'entend.
Roland Sabra : Je reviens, si vous me le permettez, sur ma question. Qu'est-ce qu'il y a dans cette histoire de deux hommes, qui se connaissent depuis la communale, auteurs de mauvais coups, unis par des liens troubles comme semble le confirmer le dénouement, qu'est-ce qu'il y a donc qui a retenu votre attention?
José Exélis : En ce qui concerne la fin Maryse Condé ne nous donne pas de réponse claire, nettement affirmée. Elle nous laisse dans une incertitude. C'est vrai qu'on pressent ce que sera la suite. Ce qu'il y a d'intéressant dans l'adaptation de Pliya et que nous livre Maryse Condé c'est cette injonction : « Continuez-vous même l'histoire », certes à partir des indices posés mais en essayant de renvoyer les spectateurs dos à dos. Et la fin que nous avons choisi, est une fausse fin, non pas une fin dramatique mais une fin poétique qui se veut ouverture sur un questionnement et non pas clôture, réponse fermée à une question posée. Le théâtre est là justement pour ouvrir des champs d'interrogations, pas pour donner des réponses. Ce qui serait pour le moins prétentieux. Tenir cette position implique de renoncer à faire l'unanimité à tout prix autour d'un spectacle. Si les spectateurs continuent de débattre après le spectacle nous aurons gagné notre pari la pire des choses étant qu'on ait rien à dire sur notre travail.
Pour répondre directement à la question que vous m'avez posée, je dirai que le texte m'a intéressé par les paradoxes, de l'humain, du sens de l'existence, paradoxes qui déjà dans IAGO était le cœur de mon propos. C'est à dire avoir conscience que l'Ange et le Démon qui nous habitent sont là à tout moment, dans la totalité de nos gestes. Rien n'est tout noir ou tout blanc. C'est beaucoup trop facile de dire de l'autre que c'est un con, un raciste etc. et qu'il s'en aille. La réalité est beaucoup plus complexe. On a des va et vient entre plusieurs pôles. Dans le texte de Maryse Condé il y a ces aller-et-retours entre amour et haine, indépendance et dépendance, possession et dépossession et c'est ça qui m'interpelle ne serait-ce que parce dans ma vie quotidienne avec celles et ceux avec lesquelles je vis je suis traversé par cette ambivalence et eux aussi le sont! Loin d'être un appauvrissement c'est une richesse inégalée qui multiplie les possibles dans la relation.
Roland Sabra : Le texte est aussi porteur d'une critique sociale...
José Exélis : Oui tout à fait. Ce qui est fort dans ce que Maryse Condé met en évidence dans « Comme deux frères » c'est cette position qui consiste à dire : «Cessez de vous poser en victime, de faire reposer la responsabilité de ce qui vous arrive uniquement sur les autres. Vous êtes responsable de vos actes, de votre destin » Elle dit cela même si en filigrane de son propos elle dresse un réquisitoire en suggérant que ses personnages rêvent de ce qu'ils aurait pu être et de ce qu'ils n'auront jamais. Et c'est vrai que dans les Antilles francophones, singulièrement en Martinique nous avons trop tendance à dire : « C'est la faute des autres, c'est la faute du colon, c'est la faute du blanc, c'est la faute du mulâtre etc ». C'est la faute de tout le monde mais jamais de nous mêmes. Je crois qu'il faut d'abord balayer devant sa porte avant de faire des reproches à l'autre. Et ça, Maryse Condé le dit crûment.
J'observe d'ailleurs cette irresponsabilité qui se manifeste dans certaines prises de paroles dans le pays. Et je veux dire pour être complet que, hélas je ne m'exempte pas de ce type de comportement et qu'il m'arrive moi aussi de verser dans ce travers. Et bien voilà ce que Maryse Condé dénonce avec force et sans aucune complaisance et qui ne peut laisser personne insensible en tout cas pas moi. Au delà même des oppressions que nous pouvons vivre au quotidien nous sommes partie prenante de ce qui nous arrive.
Roland Sabra : Vous évoquiez tout à l'heure les relations qui vous lient à votre entourage. Il y en a une qui dure depuis un moment, celle avec un comédien Gilbert Laumord.
José Exélis : Oui c'est une longue histoire qui a débuté en 1991. J'étais assistant à la mise en scène de « Une Tempête » de Aimé Césaire et Gilbert Laumord jouait le rôle de Prospéro et j'ai eu à le diriger. C'est un comédien d'une disponibilité totale, d'une humilité objective, surtout pas servile, parce que quand il n'est pas d'accord avec une proposition il sait réagir croyez-moi, mais il met totalement, ses qualités au service du texte, du plateau et du metteur en scène. Il y a ça chez Gilbert Laumord et puis il y a des échos de moi-même. Quand j'étais comédien j'avais tendance à anticiper sans cesse sur les demandes le metteur en-scène, tellement je voulais faire la preuve de ce que je pouvais faire. Je n'étais peut-être pas un grand comédien mais je me débrouillais très bien dans les rôles de composition. On ne me reconnaissait pas sur scène, je m'effaçais derrière le personnage mais j'avais une telle peur d'être pris en défaut que j'anticipais alors que je suis en réalité un comédien lent. Et Gilbert Laumord a une lenteur qui est intéressante et vous l'avez vu de manière très juste, quand on le bouscule on obtient rien, quand on veut lui donner un rythme qui n'est pas juste ou qui ne convient pas à tel moment du personnage, il n'est pas dedans. Mais quand on lui permet d'être dense et d'être dense y compris dans la rapidité, il trouve exactement ce qu'on lui demande de trouver. C'est un comédien que j'admire d'abord parce que c'est un silencieux alors que moi je suis un bavard, au moins théâtralement, et chaque fois qu'il y a un silence chez un comédien ça veut dire qu'il y a là à chercher, à creuser. Quand un comédien ne livre pas tout c'est qu'il y a quelque chose à gagner, il y a une réserve pour le metteur en scène et que tout peut être renouveler par rapport à quelqu'un qui livre tout trop vite. Et puis il y a du mystère chez Gilbert Laumord.
Roland Sabra : Une longue histoire avec Gilbert Laumord donc et avec une comédienne?
José Exélis : Non ! Je me pose la question du pourquoi! Et ce d'autant plus que j'ai été non pas auteur mais écrivain de théâtre. J'ai écrit cinq pièces et donc dans ces cinq pièces, que j'ai toutes montées, si les femmes ont été évoquées elles étaient jamais en scène. La seule pièce dans laquelle une femme apparaissait, c'était un fantôme!! C'est psychanalytique !! Donc jamais de lien de longue durée avec une comédienne, à part peut-être quelque chose qui s'est tissé avec Amel Aïdoudi depuis « les Enfants de la mer », elle a joué dans Moïse, puis une lecture et dernièrement dans « Départs ». Il n'y a pas de magie dans le travail d'un metteur en scène. Quand nous avons un semblant de talent et si nous en avons il vient à force de travail. Il n'y a aucun metteur en scène ici en Martinique qui ait fait d'emblée un chef d'oeuvre. Ça n'existe pas. Seul le travail existe.
Quand vous avez la chance d'avoir un comédien qui vous accompagne vous pouvez asseoir une esthétique de façon plus sûre. Parmi mes compagnons de route il y a donc eu Gilbert Laumord, Charly Lérandy, Amel Aïdoudi, et puis Ruddy Sylaire. Quand j'étais en résidence au Lamentin j'ai eu un long parcours avec Ruddy Sylaire que j'ai mis en scène deux ou trois fois mais on a aussi « commis » ensemble des mises en scène, dans le cadre du Théâtre de l'Histoire. Expérience au cours de laquelle on s'emparait de faits importants de l'histoire du Lamentin et on les mettait en scène avec l'aide de la population qui participait aux spectacles, dans un va et vient entre théâtre professionnel et théâtre amateur. J'ai longtemps fait ça pendant trois ans avec Ruddy Sylaire.

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