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Mémoires d'Iles

d'Ina Césaire

Synopsis

Une nuit tropicale, une véranda en rase campagne. La pleine lune flirte avec les étoiles, les kataks bois rivalisent de concert. Deux vieilles, deux « gran moun » Hermance et Aurore revisitent l'île du début du 20ème siècle, à grands ahan de souvenirs, d'anecdotes croustillantes, douloureuses, nostalgiques et joyeuses. Mais au détour de cette parole feutrée à la limite du conte au quotidien, se révèlent des non-dits, des antagonismes de classe, de conditions sociales et un pan de notre mémoire collective.

distribution

Auteur Ina CESAIRE
Adaptation et mise en scène de José EXELIS
Avec Catherine CESAIRE et Suzy SINGA
Assistante du metteur en scène Arielle BLOESCH
Musiques : Groupe Zo - Mario CANONGE
Lumière Valéry PETRIS

Production Les enfants de la mer,Coproduction Cmac - Scène nationale de Martinique - Avec le soutien financier de la DRAC et le Conseil Régional de Martinique. Avec le concours de la Ville des Trois Ilets

Création 2008

mot du metteur en scène
« Mémoires d'Îles ». Sobriété dans la mise en scène, sobriété dans l'évocation. Une scénographie minimaliste et significative des conditions de l'époque. Se plonger dans la langue imagée et bucolique d'Ina Césaire, qui n'exclut pas le regard anthropologique, empruntant au détour d'une phrase à la force du récit, du conte caribéen. En arrière plan, faire entendre dans une évolution dramaturgique précise, les musiques et chants de cette période qui situent, mieux que tout autre, le contexte socio politique et économique de la Martinique des années 1900 à 1950. Travailler sur l'épure pour aller à l'essentiel, le texte et les personnages, pour mieux montrer, oh combien cette histoire tient aussi bien du particulier que de l'universel. » José Exélis

l'auteur
Ina Césaire est née en Martinique en 1942 où elle s'est ancrée définitivement après des études supérieures et un début de carrière universitaire en France en tant qu'ethnographe. Elle est chargée de mission à la conservation du patrimoine de Martinique pour le CRNS.Parallèlement aux nombreux articles scientifiques et à ses films ethnographiques sur la Toussaint, le Mercredi des Cendres, etc., Ina Césaire a publié plusieurs recueils de contes, dont l'un en édition bilingue et un autre en collaboration. Elle s'est attachée aussi à créer pour le théâtre en prenant sa matière dans les recherches ethnographiques (Ti Jean), dans l'histoire de son pays (Rosanie Soleil), dans l'histoire familiale (Mémoires d'Isles) et dans la littérature internationale pour diverses adaptations.

Catherine CESAIRE
Catherine Césaire est née en décembre 1966 à Fort-de-France. Elle évolue dans une famille de musiciens.Elle effectue ses études à l'Ecole Régionale d'Arts Plastiques. A partir de 1986, elle nourrit le rêve de devenir scénographe et s'intéresse au spectacle vivant. Elle intègre alors l'atelier théâtre du Sermac alors dirigé par Ousman SECK. En 1988, c'est la rencontre choc avec le metteur en scène turc Mehmet Ulusoy, qui lui donne son premier grand rôle.Comédienne permanente au Centre d'Art Dramatique Régional ex CDR de 199O à 1998 et responsable de la galerie d'art Khokho René-Corail, elle joue l'entremetteuse en mariant à travers ses réalisations, l'art théâtral et pictural.Catherine Césaire a participé à la création de la pièce Les Enfants de la Mer d'Edwidge Danticat, adaptation et mise en scène de José Exélis.

Suzy SINGA
Née au Saint-Esprit en Avril 1964, Suzy SINGA a grandi en région parisienne entre 10 et 19 ans. Très jeune, elle fonde le groupe TCHACK en 1979 et participe à différentes représentations culturelles. C'est en 1980 que Suzy fait ses débuts sur la scène du Théâtre Municipal de Fort-de-France, pour la première partie du spectacle de Joby Bernabé. On dit d'elle qu'elle est une voix et une présence qui résonnent selon la vibration du tambour. Suzy SINGA s'investit dans plusieurs formations : LEBELOKA , « JOU WOUVE », « WOZO'O ». Elle participe à la création de la pièce Les Enfants de la Mer d'Edwidge Danticat, adaptation et mise en scène de José Exélis.

Arielle BLOESCH
Arielle Bloesch est née à Lausanne (Suisse) en 1963. Elle s'installe à Paris pour y suivre les cours de théâtre de l'Ecole Jacques Lecoq (1983-85), puis ceux de la Belle-de-Mai. D'abord comédienne, elle s'oriente ensuite vers la mise en scène et la pédagogie et crée en 1988 avec Régis Vaillant le Metithéâtre.Elle écrit des nouvelles (« Maman Louis » édité par la revue [VWA] en 1988, « Pelican is watching you ») et des pièces de théâtre (« Sempach », « Tra Lala Boum-Boum »).En 2000, elle s'installe en Martinique où le contact avec l'humour créole lui permet de développer son écriture. Sa pièce « Port d'âmes » est primée en 2004 lors du premier concours organisé par Etc_Caraïbe, puis publiée en 2005 par les Editions Lansman. Depuis 2004, elle chemine avec Etc_Caraïbe comme dramaturge puis comme Interface auteurs sur toutes les actions organisées par l'association sur la Martinique. Elle débute en 2008 une collaboration avec la Compagnie « les Enfants de la Mer ».

Valéry PETRIS
Valéry Pétris débute au théâtre en 2001 à la régie technique, lumière et son. Il assure la régie générale de spectales et de lieux.Il créé sa première lumière en 2002 et a créé depuis les lumières sur les spectacles suivants :Jé à bout, chorégraphie Josiane ANTOUREL - 2002Tota et Tabo, mise en scène Alfred FANTONE - 2003DEPARTS, mise en scène José EXELIS - 2006MANTECA (Cie Coprs Beaux) - 2007MEMOIRES D'ILES, mise en scène José EXELIS - 2008

Diffusion 2008

  • 6, 7 et 8 mars à 20h00
  • 6 mars à 10h00 (matinée)
  • 7 mars à 9h30 (scolaire) - Cmac, Scène nationale de Martinique
  • 15 mars à 19h30 - Jardin des Papillons - Carbet
  • 27 mai à 19h30 - Centre Culturel - Rivière Salée
  • 1er août à 20h30 - Nuits Culturelles de Rivière Pilote
  • Diffusion 2009

  • 5 juin à 18h30 - Gros Morne Ex Cada

LA PRESSE EN PARLE ...

Nostalgie Blue's etlutte des classes

Le rideau s'ouvre sur un espace vide dessiné par José Exélis et sculpté par la lumière de Valéry Pétris. Réussite. Elles sont deux, deux de cet âge qui n'a plus nom. Elles sont d'un autre temps, de ce temps où la mémoire de ce que l'on a fait prend le pas sur ce qui reste à faire... Deux d'un même père, mais l'une mulâtresse et l'autre mal sortie. L'une reconnue et l'autre ignorée. Deux soeurs donc, par le père. Impair et passe. Elles vont se laisser aller à remonter le temps. Hermance, truculente, joue la carte couleur, négresse elle est, négresse elle se revendique. Aurore, elle a en mains deux paires, une paire blanche une paire noire. Elle hésitera toujours à jouer. Ambivalence de classe, de l'entre-deux. Elle s'enorgueillit de bien parler français, d'avoir intégrer les codes de la classe dominante, et se révolte à l'assassina, resté impuni, par un gendarme blanc, de Zizine et Désétages à la veille d'un scrutin municipal : « Elections sans incident » dira la presse à la botte. Préjugés de classe, habitus, représentations mentales prévalentes de par la position sociale, la couleur de la peau, elles n'échappent ni l'une ni l'autre au déterminisme qui leur affecte des rôles sociaux passés au surligneur.

José Exélis excelle dans cet exercice de confrontations de deux personnages, liés et désunis par leur histoire commune. Mémoires d'îles est un peu la version féminine de Wopso, ou bien l'inverse. Et tout comme Auguste et Fulbert avaient quelques démêlés à propos de Paulette, Hermance remarquera incidemment que son homme, son driveur, son coureur de Ferdinand est allé pendant six mois faire le « cossu » en France. Quand ça? Oh ! Juste au moment où Aurore est partie en formation, après avoir perdu son mari ! Tiens donc!

Il y a sans doute dans « Mémoires d'Îles » beaucoup plus d'éléments biographiques tirés de la famille Césaire qu'on en devine. Mais l'intérêt n'est pas là. Il est dans le plaisir de ce texte au plus près d'une vérité, d'une identité que chaque Martiniquais peut (re)connaître dans le "s'entendre dire" qui fait hocher la tête au spectateur comme s'il s'agissait d'une ponctuation supplémentaire, ou plus certainement d'un acquiescement. Le bonheur de la salle, le jour de la première en témoignait. En Hermance, Suzy Singa incarne un bon sens paysan éprouvé aux aléas de la vie et sans beaucoup d'illusions et pas plus de rêves emmaillotés de crinoline. Elle est d'un bloc, d'un seul tenant, émaillant son discours d'un nombre impressionnant de « tchip ». Assise, les mains sur les cuisses, il ne lui manque parfois qu'une pipe à la bouche pour se déporter complètement du côté des hommes. Face à elle, Catherine Césaire tient un rôle infiniment plus complexe. L'ambivalence de son statut la conduit sous la direction d'Exélis à jouer et à déjouer sans cesse son rôle. Comme si elle était contrainte de jouer faux, de jouer décalé, pour mieux souligner l'impuissance dérisoire de la classe mulâtre quand elle se perd à vouloir se trouver ressemblante à la classe béké, à endosser un habit trop grand pour elle. C'est cette position d'entre deux qu'elle restitue à merveille, jusqu'à créer parfois un sentiment de gène et d'irritation devant ce qu'elle donne à voir et qui ressemble parfois à une vaste « macaquerie ». Elle joue sur l'incertitude, sur l'embarras, sur une fragilité qu'on ne soupçonnait pas et qui s'inscrit en opposition avec ce dont ne doute pas Hermance.

Dans l'ensemble les passages dansés, chantés, s'intègrent plutôt bien. Le récit de l'enfant retrouvé noyé dans la citerne méritait peut-être un peu plus d'intensité dramatique, ou d'intimité à voir peut-être du côté des lumières... La pièce n'a pas encore trouvé son rythme (comment cela pourrait-il être ?), les comédiennes leurs marques, ce qui ôte un peu de crédibilité à la proximité supposée des personnages, il leur manque d'être vraiment ensemble sur scène, il y a des passages un peu lents, il fallait tendre l'oreille pour entendre certains dialogues, mais tout cela est secondaire, la qualité du travail présenté est réelle, les éléments qui le structurent lui permettront de s'enrichir pour peu qu'il lui soit permis d'être joué, rejoué, et encore rejoué. C'est tout le mal que l'on peut lui souhaiter.

Roland Sabra - Madinin'Art -13 mars 08 - http://www.madinin-art.net - Fort-de-France -Martinique

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